Félix Ziem, La danse de l’Almée, XIXe siècle, huile sur toile, N.Mba 1844, Musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice. © Muriel Anssens / Ville de Nice, 2021
Cette œuvre, caractéristique de la veine orientaliste de Félix Ziem, nous plonge dans la contemplation de la danse sensuelle du personnage mythique de l’almée.
Grand voyageur, le peintre Félix Ziem (1821-1911) séjourne par deux fois à Constantinople dont il rapporte des souvenirs empreints de couleurs mais aussi de sons, donnant naissance à ses œuvres orientalistes tant appréciées. La peinture de Félix Ziem se reconnaît à ses coups de pinceaux légers et furtifs, qui saisissent ici les mouvements du corps de la danseuse ondulant au rythme de la musique. Ses esquisses à l’huile et ses aquarelles sont peintes sur le motif et sont ensuite retravaillées en atelier, où surgit souvent la couleur pure.
Avec l’envie de traduire une réalité immédiate, Félix Ziem capte une scène particulière. La danse de l’Almée se déroule dans un intérieur orné de céramiques bleues, s’ouvrant largement sur la ville de Constantinople et la mosquée Sainte Sophie. Dans l’embrasure de cette baie en arc polylobé, une femme vêtue de rouge danse au son du saz, instrument à cordes du Moyen-Orient.
L’almée est une artiste érudite, devant savoir chanter, danser et maîtriser un instrument de musique. Elle évolue essentiellement entourée d’autres femmes et peut aussi avoir une fonction de guérisseuse et de sage-femme. D’abord en Egypte puis par extension ici en Turquie, l’almée se doit de divertir et d’instruire les femmes des riches seigneurs, leur apprenant les bonnes manières, l’art de la cosmétique et les initiant, entre autres, à la danse et au chant. Ainsi, elle ne dévoile jamais son visage devant les hommes, qui les écoutent depuis une pièce voisine.
La danse mythique de l’almée traduit une grande part du fantasme de l’Orient. Elle condense l’image de la femme sensuellement (dé)voilée, du déhanché lascif des chorégraphies, de la soustraction des mondes féminins au regard des hommes et de la magnificence des architectures et des étoffes.
Mouvement artistique et littéraire, l’orientalisme a profondément marqué l’imaginaire du XIXe siècle. Il procède d’une quête de l’altérité, d’un goût du voyage et de l’exotisme, d’une nostalgie autant que d’une curiosité, qui attirent vers l’Orient des artistes de toutes sensibilités. Écrivains, peintres, savants s’aventurent sur les terres de l’Empire Ottoman, déclinant à la suite des campagnes napoléoniennes et au gré de la conquête de l’Algérie. Les routes ouvertes vers l’Algérie, le Maroc, la Turquie et l’Egypte permettent aux artistes de se nourrir de nouvelles cultures et de nouveaux paysages, ramenant en Europe des images rayonnantes d’une nouvelle lumière, à l’image de cette onirique danse crépusculaire.
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