Sabine Venaruzzo, poète et performeuse, vous embarque comme un jeu dans la ville de Nice. Dans le cadre fixe comme page blanche du photographe Eric Clément Demange, elle écrit avec son corps, elle corpoétise.

Depuis plus de 10 ans, Sabine Venaruzzo transmet sa poésie hors du livre, d’une manière qu’elle nomme spectaculaire : une proposition de performances protéiformes où le corps, la mise en scène, la voix, la musique participent à la circulation de ses mots.

Une danse surgit régulièrement comme une nécessité physique dans ses performances, intimement reliée à son acte d’écriture. On lui demande souvent : pourquoi ? Elle ne s’est elle-même jamais posée la question tant ses mouvements ne sont pas prémédités et viennent naturellement prolonger ses poèmes écrits.

Quand elle a marché dans la ville au moment du déconfinement, des images très fortes et violentes lui sont venues. Les bouches masquées, les visages défigurés, les traçages au sol des bonnes distances physiques à tenir, le langage maltraité – et maltraitant – tel que distanciation sociale, les voix d’alerte sans visages dans des hauts parleurs, etc. Elle a ressenti l’urgence d’écrire mais…

Quand pendant le confinement, elle chuchotait des poèmes à l’oreille des auditeurs par téléphone (voir l’article de Jimmy Boursicot dans Nice Matin), elle n’avait plus de mots au déconfinement. Une réaction à la nouvelle mathématique des espaces et morphologie des êtres vivants induites par la crise sanitaire ? C’est ainsi qu’elle expérimente l’idée qu’une corpoliture pourrait exister au même titre que l’écriture. Le corps du poète écrit sa poésie, une poésie sans parole et habite poétiquement l’espace.

Avec son complice artiste photographe Eric Clément Demange, ils vont ainsi parcourir en mai 2020 la ville de Nice, sans parcours prédéfini, choisir un cadre qui devient la page blanche du poète. Rien n’est prémédité, la création est spontanée. Seule contrainte, la durée : 2 minutes maximum pour chaque cadre. Cette nouvelle performance prend le nom de Les cris Demoiselle.

Une invitation à la contemplation des espaces, à leur réappropriation par nos corps et à l’écriture créative spontanée par le mouvement. Quand le poète corpoétise, le spectateur témoin peut-il l’écrire en mots ? N’hésitez pas à nous les transmettre !

Une expérience sensible réalisée en une quarantaine de séries de 2 minutes – dont 17 rassemblées ici en court métrage.

Photo : Crédit – Eric Clément Demange

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