Depuis le printemps dernier, la vie sociale est bouleversée par les mesures sanitaires : les corps sont tenus à distance par les mesures barrières et surtout, avec les confinements et couvre-feu successifs, notre espace de vie se réduit bien souvent à quatre murs. On peut ressentir l’architecture comme une contrainte qui nous enferme, alors même que nous avons l’habitude de la présenter comme un environnement sensible, porteurs de sens, et de plaisirs esthétiques. Le Forum a entrepris de conjurer ce possible malentendu par des cartes blanches données à des personnalités de la culture afin qu’elles partagent avec nous leur façon vivre d’une manière légère et créative ces murs qui, pour une durée indéterminée, limitent notre univers, pour ne pas oublier que l’architecture demeure synonyme d’ouverture et d’espace quels que soient les aléas du moment.

Mylène DUQUENOY (Vence)
Architecte installée depuis 2011 à Vence, respectueuse de l’environnement, spécialisée en construction bois. Parmi ses dernières réalisations : Résidence l’Abeille, rue Bonaparte à Nice ; Hôtel Amour (son restaurant et sa plage), avenue des Fleurs et promenade des Anglais à Nice ; Maison des Artistes à Vence ; Plage les Cabines (structures démontables en bois) à Golfe-Juan ; Maison contemporaine en Corse.
Co-fondatrice du Collectif Supernice.
Conseillère à l’Ordre des Architectes PACA, Mylène DUQUENOY est l’interlocutrice du Forum pour certaines actions de diffusion de la culture architecturale menées en concertation avec l’Ordre des Architectes PACA.

Sa proposition
Territoires abandonnés : l’entre-deux
Durant le confinement, au détour de promenades, j’ai vu ce que je n’avais jamais vu, les maisons abandonnées de mon quartier. Submergées par la végétation, interdites, territoires de rêverie, lieux de tous les possibles, ces habitations vieillies, parfois désuètes, abîmées par le temps mais si charmantes, m’appellent pour un dernier souffle, une renaissance, une existence, dans ce monde arrêté.
On imagine qui les a habitées. Comment pourrait-on y entrer ? Y a-t-il un voisin pour nous démasquer ? Sommes-nous observés ? On espionne, on découvre, on chuchote.
On se sent un peu chez soi, un lieu qui n’appartient à personne, appartient à tout le monde, donc à moi aussi.
On se l’approprie, on l’observe, on marche doucement pour ne pas faire de bruit. On le respecte, on aimerait emporter un morceau, on le fait (une plante), on aurait pu prendre un objet, un souvenir, pour garder un peu de ce lieu magique, emporter ses histoires imaginaires, et pas que… On se voit y habiter, on se met à y croire, on revient, c’est calme, les oiseaux et petits animaux ont pris possession du jardin, c’est le printemps, les fleurs exhalent leur parfum, la vie continue ici mais à un autre rythme, plus lent, dans le silence, avec les saisons.
J’aime venir regarder le ciel, prendre le soleil, m’évader, ne plus penser, dans ce havre de paix.
Un espace « entre-deux » : ni seulement la nature, ni vraiment l’urbain, pour laisser place à nos songes, nos réflexions, nos sensations, nos émotions, nos peurs, notre « moi » intérieur.
L’entre-deux, lieu de mémoire, la trace du passé, nos racines, le commencement, le moment de vérité dans ce monde en mutation, soudainement si incertain et fragile.
La preuve de ce qui était avant. Un témoignage, comme un doudou d’enfant, rassurant.  

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