Un soir, à l’entracte, dans un cinéma de la rue du Dragon à Paris, en compagnie d’Arman et de Corice, Sosno rature machinalement une illustration sur une page de journal à l’aide d’un marqueur. Le résultat de ce geste intuitif lui procure le sentiment d’avoir mis le doigt sur un potentiel plastique intéressant qui pourrait lui ouvrir un champ d’investigation personnel. Désormais, c’est dans l’ampleur de l’espace dérobé que Sosno construit l’option majeure de sa démarche : l’oblitération.

Intervention à image constante
de l’ensemble Double oblitération rouge (rue des Thermopyles), Relations entre les choses (rue des Thermopyles), Point objectif noir (rue des Thermopyles), Point subjectif rouge (rue des Thermopyles), 1974
Collection MAMAC, Nice
© Adagp, Paris, 2021

De son passé de reporter photographe, profession qu’il a exercée entre 1960 et 1975, Sosno a rapporté bien des images tragiques ou simplement populaires du monde entier, mais il a trouvé le moyen de biffer l’irracontable en interposant un cache plus ou moins opaque entre l’information nue et le regard curieux du spectateur. Il s’agit d’observer une image nouvelle dont le substrat est une photographie réaliste issue d’un fait de société, tangible sinon trivial, et dont l’aboutissement est une proposition mystérieuse, quasi abstraite dans certains cas. L’oeuvre est désormais circonscrite à la seule surface oblitérée : le rectangle, la flèche. La proportion entre le fond et la superposition, noire ou rouge, est essentielle.

Puis l’oblitération en réserve par évidement de la matière – pierre, marbre, bronze – ou ajout sur la forme sculptée, prend le pas sur l’appropriation, dans l’oeuvre de Sosno. Le choix de copier une sculpture de Praxitèle revue par Canova, ou un David de Michel-Ange, n’a qu’une valeur d’appel pour celui qui reconnaît une forme connue cachée sous des panneaux de métal. L’ajout des éléments apporte un effet d’enfermement. Le geste est le même en ce qui concerne la Tête carrée qui abrite les services administratifs de la bibliothèque municipale à vocation régionale de Nice. D’une petite sculpture de vingt centimètres de haut, réalisée vers 1983, est issu ce projet architectural monumental auquel Sosno a consacré plusieurs années en compagnie des architectes choisis pour le transformer en sculpture habitable.

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