Le vert est une couleur en vogue. Dans les villes aussi. Sujet omniprésent dans la vie publique, l’écologie et ses déclinaisons sont désormais un mantra récurrent, où que nous tournions le regard et la pensée.

Certes, éveiller les consciences est vital face aux désordres naturels à l’œuvre, avec leurs conséquences annoncées en termes de bouleversements sociétaux ou géopolitiques, d’enjeux alimentaires ou d’épuisement des ressources. Mais les chemins vers les solutions sont parfois victimes d’une forme de manichéisme, avec un point d’équilibre économique, social ou sociétal parfois difficile à discerner.

Cette exposition offrait de prendre le temps de considérer de manière argumentée un des aspects actuels du débat sur les villes : l’agriculture urbaine, notion stimulante intellectuellement en ce qu’elle ouvre des pistes d’avenir pour un nouveau « contrat social » dans les villes, pas aussi utopique que l’on pourrait le (faire) croire.

POUR UNE AUTRE CULTURE DE LA VILLE

Le jardin et les cultures sont en constant développement dans les villes, mais dans des directions si diversifiées que le phénomène est complexe à caractériser et à quantifier. On peut cependant se raccrocher à plusieurs biais pour s’y retrouver.

Il y a les repères de la chronologie, avec l’invention fondatrice à New York en 1973 du guerilla gardening par l’artiste Liz Christy et un groupe de militants du mouvement Green Guerilla, qui bombardaient de graines par-dessus les palissades les friches urbaines du Sud de Manhattan. Ils y implantaient ainsi une nature annonciatrice d’une résilience en ville aujourd’hui objet d’une véritable revendication. Il y a aussi les réflexions théoriques des architectes célèbres Frank Lloyd Wright, Le Corbusier, Kisho Kurokawa, Yona Friedman , Oswald Mathias Ungers, Rem Koolhaas, Andrea Branzi ou Albert Pope.

Il y a également l’approche par l’analyse sociétale des initiatives citoyennes autour de jardins communautaires ou de micro-fermes. Ces nouveaux compagnons du quotidien de nos villes peuvent difficilement assurer à celles-ci leur autosuffisance alimentaire, mais ils reconnectent les citoyens au vivant, agissent sur la biodiversité tout en (ré)inventant un liant social interculturel et intergénérationnel fondé sur l’entraide et le partage.

Il y a enfin la question de la réinvention fondamentale de nouveaux schémas économiques et productifs liés à un nouveau « tricotage » de l’agriculture et de la ville, voire de l’architecture elle-même. Comment éviter que les villes en expansion constante dévorent les espaces agricoles ? Comment assurer une alimentation suffisante et de qualité pour tous, en évitant le syndrome des transports aberrants générateurs de CO2 pour des citrons du bout du monde quand ils poussent dans tous les jardins de Nice ? Il faut penser aujourd’hui une nouvelle économie de lieux de production aptes à fournir en grande quantité une offre de qualité proche des lieux de consommation ou de distribution comme réponse à une demande citoyenne d’alimentation saine et de circuits courts.

De fait, on tâtonne, on expérimente à toutes les échelles et avec des acteurs de toutes tailles (du jardinier du dimanche à l’agrotechnologie) une redensification de la ville sur elle-même, qui réconcilierait le bâti et l’agriculture. C’est ainsi que les sous-sols de Paris voient pousser champignons et endives dans des parkings désaffectés, tandis qu’à l’opposé les toitures du parc des expositions de la Porte de Versailles deviennent une ferme urbaine de dimensions sans précédent. C’est ainsi que des fermes verticales hors sol en milieu urbain alimentent de plus en plus en produits frais les habitants de Singapour ou des mégapoles japonaises comme réponse de proximité à la raréfaction des terres arables. C’est ainsi, plus prosaïquement, que des bergers font paître leurs troupeaux au pied des grands ensembles de nos périphéries, ou que d’autres envisagent de faucher parcs ou abords d’autoroutes pour nourrir le bétail.

Ce sont toutes ces pistes que soulève le Forum d’Urbanisme et d’Architecture (en dialogue étroit avec le Pavillon de l’Arsenal, producteur initial de l’exposition), tant de manière documentaire sur l’histoire récente que dans un esprit prospectif par des scenarii possibles pour une ville agricole future.

À l’occasion de cette exposition, le Forum a proposé tout un éventail d’événements originaux et de médiations (conférences, débats, visites urbaines et de jardins vivriers, ateliers pour enfants et familles, rencontres avec des producteurs…), qui révèlent comment Nice s’inscrit déjà dans cette mouvance mondiale émergente de l’agriculture urbaine : en s’intéressant à des territoires à notre porte sur lesquels s’expérimentent cette nouvelle « politesse » entre la ville et la nature nourricière ; en donnant la parole à des acteurs locaux fortement engagés dans ces mutations (associations de quartier et de jardins communautaires, associations engagées dans la permaculture ou la sensibilisation à l’alimentation raisonnée, réseaux d’AMAP, entreprises de développement de l’agriculture urbaine ou encore chercheurs universitaires).

Brochure "Capital Agricole"

Découvrez aussi

L’Odalisque au coffret rouge

L’Odalisque au coffret rouge

Avant son départ pour Berlin, puis Tokyo, découvrez l’Odalisque au coffret rouge, une œuvre exemplaire, peinte à Nice en 1927, témoin de la recherche inlassable d’Henri Matisse sur le rapport entre le volume du corps et les surfaces plates du décor.

lire plus