Joseph Villeclère, Le marché aux esclaves, 1880, huile sur toile, N.Mba 6113, Musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice. © Muriel Anssens / Ville de Nice, 2021

Élève de Lefebvre et Boulanger à l’atelier Julian, Joseph Charles Villeclère (1859 – 1893) est reçu à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1879. Il est marqué par le mouvement artistique et littéraire de l’orientalisme, qui s’exprime tout au long du XIXe siècle au travers de la littérature, la poésie, les beaux-arts, les arts décoratifs mais aussi le spectacle vivant. A la suite des campagnes napoléoniennes, s’ouvre pour les artistes et les savants européens les portes de l’actuelle Turquie ou encore de l’Egypte. Ils sont nombreux à entreprendre des voyages d’études et d’observation. On ne sait pas à ce jour si Joseph Charles Villeclère est de ceux-ci ou s’il travaille à partir des quantités de récits et d’images qui affluent alors en France et qui façonnent un Orient homogénéisé et fantasmé sous bien des aspects.

L’un des thèmes récurrents des artistes fascinés par ses lointaines contrées est le marché aux esclaves. Ces lieux existent bels et bien et certains, comme celui du Caire, deviennent des curiosités touristiques au cours du XIXe siècle. Source de fascination morbide mais faisant aussi l’objet de dénonciations prenant parfois un tour politique gênant, ils finissent par être éloignés des centres urbains pour plus de discrétion.

Ce tableau de Villeclère est une esquisse, qui était probablement destinée à servir d’étude pour une composition plus grande, à ce jour inconnue. Les personnages sont suggérés par de simples touches colorées et l’accent mis sur le contraste saisissant entre ombre et lumière, rendant avec réalisme l’implacable soleil méditerranéen. Le rayon de lumière et le personnage de dos – un soldat, au regard de la lance et du casque qu’il porte – dirigent le regard vers l’esclavagiste. Celui-ci soulève son étole pour laisser voir une esclave à moitié nue, qu’il désigne sans doute au personnage s’approchant. Derrière elle, deux autres femmes au sort semblable attendent leur funeste destin.

Sans que l’on puisse connaître l’intention de l’artiste à l’origine de cette représentation – complaisance, répulsion, indifférence ? -, on peut noter le caractère théâtral avec lequel il nous plonge dans la scène : personnages aux costumes bien identifiables, placés devant un mur de pierre garni de textiles, lumière directionnelle sur l’action principale : la dramatique traite des femmes esclaves, non départie d’une certaine sensualité, propre au fantasme de l’Orient créé par l’Occident au XIXe siècle.

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