Publiée à Nice en 1823, La Nemaïda est considérée comme l’ouvrage classique en langue niçoise par excellence.

Ce poème de 2470 alexandrins – des vers de 12 pieds – répartis en sept chants a été écrit par Joseph-Rosalinde Rancher (1785-1843). Poète, érudit, membre de sociétés littéraires, Rancher est aussi un grand violoniste, ami du virtuose Paganini et de son protecteur, le comte Hilarion Spitalieri de Cessole, à qui La Nemaïda est dédiée et avec lequel il écrit le Guide des étrangers à Nice en 1827.

Intellectuel certes, Rancher n’en participe pas moins à la vie niçoise avec ses amis. C’est cette vie qu’il met en scène dans La Nemaïda. Le prétexte de ce poème héroï-comique librement imité du Lutrin de Nicolas Boileau tient dans le conflit qui oppose les marguilliers aux sacristains d’une église niçoise emmenés par leur chef Nem, d’où le titre de Nemaïda, version caricaturale du grand poème épique de Virgile, L’Énéïde ! Les multiples épisodes burlesques mettent en scène la population niçoise dans les rues de la vieille ville, le cours Saleya, Cimiez, la campagne. Ils permettent de savourer ses mœurs ainsi que sa langue pour laquelle Rancher met au point une graphie pour la transcrire et qui est toujours utilisée. La satire religieuse inséparable du poème n’est pas du goût des dévots niçois qui font jeter Rancher en prison pour quelques heures. À cause de ce traumatisme une bonne partie de l’œuvre de Rancher ne sera publiée qu’en 1954, longtemps après sa mort.

La particularité de l’exemplaire conservé parmi les ouvrages rares et précieux de la bibliothèque de Cessole est double. Il présente d’abord une splendide reliure aux armes des Cessole. Elle est signée de l’atelier parisien Chambolle-Duru, l’un des préférés par les bibliophiles et notamment par le duc d’Aumale. Au sein de l’ouvrage, ensuite, sont réparties vingt planches originales à l’encre du peintre niçois Antoine Trachel (1828-1903). Très impliqué dans la vie artistique et théâtrale niçoise avec ses deux frères, Hercule et Dominique, notamment dans le théâtre dialectal, Antoine Trachel est passé maître dans la représentation de scénettes montrant la vie quotidienne des habitants du comté de Nice.

La bibliothèque du chevalier de Cessole est une bibliothèque patrimoniale d’histoire locale issue de la donation de Victor de Cessole (1859-1941). Outre ses nombreux livres bibliophiliques, ses archives privées comprennent des ouvrages des imprimeurs et éditeurs niçois, ainsi que des cartes géographiques anciennes et précieuses, des estampes régionales et un riche fonds photographique. Elle prête régulièrement des documents pour des expositions permettant ainsi de faire connaître et de valoriser les fonds qu’elle conserve.

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